Un bras d’honneur accompagne trois mots « ce serait maintenant… » Il lâche le volant pour exécuter le geste avec force. La voix prend de l’ampleur, surprend, casse le rythme de l’échange. Puis c’est le silence. L’agression est gestuelle et verbale à la fois. C’est sa façon à lui de railler et d’humilier ceux qui lui ont fait tant de mal, mais aussi de dire à Lola qu’il l’aime toujours et qu’il saurait l’imposer aujourd’hui. Le croc en jambe à sa mère, à ses tantes, aux femmes de la famille arrive un peu tard, mais elle s’amuse de le voir jouer au rebelle, à l’indépendant. Il est important pour lui, se dit-elle, de renouveler et affirmer sa défense. Il se voulait convaincant. Elle le croyait et elle aimait aussi entendre ce discours mille fois répété depuis leurs retrouvailles.
Il avait, en effet, écrit sa symphonie sur une partition qui lui a été volée. Impossible, pour lui, d’initier une nouvelle mélodie.le désordre entrait dans ses désirs et dans ses rêves. Alors, Il s’installera, temporairement, dans le royaume souhaité pour lui, là où le vent lui soufflerait une autre vie et une belle aventure, puisqu’il méritait autre chose que cette petite caraque, puisque on ne voulait pas de « ça » dans la famille !
La croisade engagée par sa mère était dure. Offensive même. Il savait qu’elle irait jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’agression. Elle se sentait blessée, humiliée par le choix de son fils et en devenait hystérique. C’est bien grâce à elle qu’il avait fait de hautes études. Instituteur, n’était-ce pas un beau métier?. Il serait connu, reconnu mais si peu apprécié s’il épousait cette voleuse de poule. Elle aurait raison de son amour.
Troublé, perturbé, envahi, par les arguments qui fusaient de toutes parts, il lui fallait aller de l’avant malgré l’hésitation et la souffrance. Les femmes l’emmerdaient. Halte au désenchantement, halte à la lassitude. Il sera poussé à tout lâcher et instaurera un contrat tacite mais moral, adapté à l’ambition maternelle. La décision était grave, il n’en connaissait pas l’issue psychique, mais renier sa famille ou virer la gitane, le choix serait vite imposé, son équilibre matériel et mental tenait à cette décision. Le milieu familial était sécurisant malgré tout. Même si les influences n’étaient pas justifiées, il en était convaincu, il installera le silence entre sa lola, l’amour de sa vie, et lui. Il l’avait demandé en mariage deux jours avant, mais tant pis il ne donnerait plus signe de vie. C’était sa façon de faire la révolution !
L’attitude imprévisible sera lâche et peu créative. Un acte impulsif, méprisant qu’il regrettera toute sa vie durant, ne cesse-t-il de répéter. Ce ne sera pas, non plus très qualifiant pour son égo, d’autant plus que lorsque Lola tentera de le contacter, il la pria de ne plus l’appeler. Son papa, policier de métier, avait enquêté sur Lola et sa famille. Il savait tout désormais, la gitanerie, la malhonnêteté, la bêtise, l’ignorance, bref le manque d’intelligence qui caractérisait cette fille. Une gitane ne peut être intelligente, cela est connu. Même ses lettres tant attendues pourtant, tout à coup, étaient insipides. Celle à qui il avait dit tant de fois qu’il l’aimait, n’était plus fréquentable grâce aux découvertes de papa ! Merci papa, merci maman d’avoir mis de l’ordre dans son cerveau. Il est bon d’avoir des parents qui chasse toute culpabilité en prenant soin de vous . Sauvé l’enfant rentre au bercail.
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